Un matin de plus et toujours m'accompagne ce sentiment de mon inexistence ou du peu de mon existence. On me parle et je ne me retrouve pas dans ce par quoi on m'identifie. On parle de mes parties une à une, mais on ne parle pas de moi. Je me sens démembrée et je le suis. Mais le sentiment de mon existence unique est là aussi. Je suis malmenée, pillée de tout, gangrenée. Une de mes parties a usurpé mon identité. Je persiste à travers elle. Mais c'en est loin de ce que je suis. Qui suis- je donc, l'Ami?
Je suis loin de là où j'aurai voulu que je sois. Ne suis- je plus rien de ce que je suis? Je me regarde de si loin et je me vois. Ce beau morceau de terre et de gens avec ses montagnes et ses fleuves. Pas une diversité qui n'existe en mon sein. Je ne suis pas un désert même si j'en contiens des espaces désertiques et que par l'un de mes bords je touche un désert notable. Et les montagnes semblent m'enserrer avec trois mers et un désert. En mon sein des fleuves qui ont vu naître le monde. Des fleuves qui ont irrigué et donné à vivre des millénaires durant. Il y en a encore pour des millénaires. Ceux qui sont à côté me les disputent, essaient de les détourner aux dépens des miens. Non pas que je sois très égoïste, loin de là, mais peut- être par manque d'égoïsme plutôt, je me fais dépecer de cette source de vie. Je n'ai jamais été porteuse d'autre chose que de grandes découvertes que j'ai partagées: l'agriculture, la lettre, et j'en passe. Il y eut toujours assez pour que se multiplient sur mon espace des diversités de vies. Le pas n'est pas loin pour que chaque diversité se rebiffe jusqu'à s'isoler et ne pas tarder à succomber à ceux qui nous voient plus que nous- mêmes et plus que nous pouvons nous voir nous- mêmes. Quand Je m'éloigne de moi je me vois. Quand je suis dedans je ne me vois plus. Voilà ce que ce qui est devenu mon malheur.
Que je me batte en moi, c'est plus qu'humain, c'est l'humain et en moi il y a de l'humain comme ailleurs. Mais trop de temps passe à me battre en moi alors que mon enveloppe est menacée ou est l'objet de projets égoïstes et lointains. De toute part on me grignote, ils ne font ça qu'en périphérie certes Mais mon centre est en peine de tirer à lui ses bords.
Aurais- tu deviné qui je suis, l'Ami? Mes ennemis le savent plus que mes miens, voilà mon ennui! Mais toi, l'Ami, connais- tu qui je suis ? Allez, je vais te rappeler qui je suis. Et qu'on se le dise entre amis. Je suis naturellement La Syrie.
Rafik Dr. François Ibrahim Namet
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